Vulgarisation Scientifique des résultats de la recherche sur le SIDA / VIH

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Réalisée par SIDABLOG le 4 Février 2010


Retranscription de l’interview de Mr Michel Sidibé

Olivier Pleskoff pour SIDABLOG : Monsieur Sidibé, SIDABLOG est très honoré d’être reçu à ONUSIDA dont vous êtes le directeur exécutif depuis plus d’un an. Aujourd’hui, c’est plus de 33 millions de personnes qui sont infectées par le VIH dans le monde. Ce nombre tend à se stabiliser depuis plusieurs années. Votre objectif est d’inverser le cours de l’épidémie d’ici 2015.
Vous menez dans ce but différentes actions sur lesquelles, je souhaitais vous interroger. Tout d’abord, près de la moitié des séropositifs dans le monde ont accès aux traitements. Pensez-vous que la riposte que vous engagez contre le SIDA pourrait permettre un accès universel à ces traitements, notamment pour les plus pauvres  et l’accès aux molécules les plus efficaces ? Qu’en est-il également de l’accès aux tests de dépistage ?

Mr Michel Sidibé : Merci. D ‘abord, c’est un plaisir pour moi d’avoir cette interaction avec vous aujourd’hui. Je voudrais dire que le traitement est une question très importante parce que, comme vous le savez, les dernières réglementations au niveau de l’accès aux traitements avec l’OMS montrent très clairement que l’on a besoin encore d’une énergie renouvelée en terme de mobilisation, pas seulement des ressources, mais une mobilisation de tous les services compétents. Parce que ce n’est pas seulement 50 % qui ont accès aujourd’hui, c’est moins. Parce qu’on a pu les cinq dernières années, avec l’effort collectif, faire en sorte que l’on puisse multiplier le nombre de personnes sous traitement par dix : ce qui fait à peu près 4 millions de personnes sous traitement. Mais, aujourd’hui, avec les nouvelles réglementations en termes d’accès aux traitements, on a dix millions de personnes qui n’ont pas accès aux traitements. Dix millions de personnes, et la plupart des personnes qui ont accès aux traitements sont des personnes qui ont accès aux traitements de première ligne. Donc qui auront besoin d’un traitement de seconde ligne, qui va coûter certainement plus cher.
Donc l’accès universel, pour moi, est une question de justice sociale, c’est une question de redistribution des opportunités. On doit se battre pour faire en sorte que la vie de ces personnes sans voix ne soit pas remise en cause parce que cette solidarité ne fonctionne pas ou ne fonctionne plus comme il devrait.

Olivier Pleskoff pour SIDABLOG : Et, au sujet de l’accès aux tests de dépistage ?

Mr Michel Sidibé : Je crois qu’il y a des efforts importants qui se sont faits ces dernières années, parce qu’on n’avait même pas 10 % de la population totale qui avait une connaissance de leur statut sérologique. Maintenant, on a vu quand même, avec le fond mondial, avec les ressources qui ont été mises à la disposition des populations de par le monde, qu’on a une augmentation : on est au-delà de 30 %, mais c’est encore très, très faible. C’est là où je suis très content de voir, par exemple, la décision prise par le Président de l’Afrique du Sud, qui décide au cours de la journée internationale de la lutte contre le SIDA, l’année dernière, de faire en sorte que 20 millions de personnes soient testées avant la fin de 2010. Il veut aller vers l’accès universel pour le dépistage. Il pense que le dépistage est une condition sinéquanone pour permettre d’avoir le traitement et aussi permettre de combattre ce fléau.

Olivier Pleskoff pour SIDABLOG : En matière de progrès de la recherche, en particulier, le développement de traitements plus efficaces et les moyens de prévention : ils sont indissociables de l’action contre le SIDA que vous menez. Quelles sont les implications de l’ONUSIDA dans les programmes de recherche ?

Mr Michel Sidibé : Je pense que la recherche et développement est très important et moi, comme vous vous êtes rendu compte, quand je suis arrivé, j’ai poussé pour qu’il y ait une agence africaine du médicament. Parce que j’estime que cette agence africaine du médicament ne va pas seulement créer un environnement pour faire en sorte qu’il y ait une plus grande coordination, qu’il n’y ait pas de négociation séparée pour les nouvelles molécules, permettre l’introduction de nouvelles molécules en Afrique, mais va aussi permettre de créer un espace nouveau pour la recherche pour des médicaments qui pourraient être éventuellement produits en Afrique, mais aussi combattre la contrefaçon. Donc, aujourd’hui, on travaille avec plusieurs structures autour du vaccin. Par exemple, pour essayer de faire en sorte qu’avec l’OMS, il y ait un effort en Afrique pour la production d’un vaccin ou trouver un vaccin qui soit capable de combattre cette pandémie-là. Mais aussi les microbicides qui sont ce gel qui pourrait permettre aux femmes de pouvoir se protéger et d’avoir une autonomie sur leur sexualité et ne pas avoir seulement la malchance d’être prises en otage parce que les cultures ou des fois les aspects de la tradition ne leur permettent pas de pouvoir négocier leur sexualité de façon plus libre.
Donc, je pense que cet effort de relation avec les institutions existe, de par le monde, et on continue à le renforcer parce qu’on est convaincu que la recherche et développement c’est important et sans cela, on ne va pas pouvoir faire de la prévention notre cheval de bataille. Il nous faut faire de la recherche pour la prévention.

Olivier Pleskoff pour SIDABLOG : Justement au niveau de la riposte dans le contrôle/SIDA, elle passe également au niveau de la prévention, mais également au niveau de l’information sur les modes de contamination, en particulier pour les plus jeunes afin de freiner la transmission du virus à de nouvelles personnes. Et donc, au niveau de la prévention et de l’information, l’ONUSIDA a-t-elle des actions ciblées ou assez générales en Afrique ?

Mr Michel Sidibé : Oui, on a lancé, ce que j’appelle, une révolution pour la prévention parce que je suis convaincu qu’il faut nécessairement faire en sorte que le nombre de nouvelles infections, on puisse le réduire, et le réduire de façon significative. Parce qu’aujourd’hui, chaque fois que l’on met deux personnes sous traitement, on a cinq nouvelles infections, ce qui est énorme. Et on ne pourra pas dans ces conditions-là avoir des programmes qui soient pérennes. Et pour nous permettre d’avoir cette pérennisation des programmes, il nous faut réduire le nombre de nouvelles infections. Et ça pour le faire, je crois qu’il faut une combinaison d’efforts.
Comme je le disais, il y a bien sûr les protections, qu’on continue à faire en sorte que les jeunes soient informés, qu’ils aient au moins les connaissances pour leur permettre de pouvoir négocier leur sexualité, mais aussi de négocier leur sexualité de façon stratégique, c’est-à-dire lorsqu’ils ne sont pas capables de s’abstenir, à avoir au moins la possibilité d’être fidèles dans leur relation et lorsqu’ils ne sont pas capables de le faire, avoir l’accès au condom. Donc, cela reste qu’on le veut ou non, une piste importante de la prévention.
La seconde piste, c’est quand même la circoncision. On voit que, dans plusieurs parties du monde aujourd’hui, et on a les études qui le prouvent, la circoncision peut nous permettre, en tout cas, une réduction de l’infection chez l’homme : je dis bien chez l’homme, d’au moins 60 à 62 %. Ce qui est très important ! Comment le promouvoir ? Comment faire en sorte qu’il y ait un lien entre cette évidence scientifique et les transformations au niveau social ? C’est là aussi où l’ONUSIDA essaie de porter sa voix pour faire en sorte que ce dialogue puisse s’établir entre les sociétés et que les sociétés puissent intégrer les nouvelles dimensions de la science.

Mais, particulièrement, je pense qu’il est temps pour nous d’arrêter la transmission de la mère à l’enfant. Et il n’est pas acceptable qu’en 2010, on ait encore 400 000 enfants qui naissent en Afrique avec le SIDA et que la plupart de ces mères meurent parce qu’elles n’ont pas accès aux traitements lorsque dans les pays développés, on l’a éliminé actuellement. Donc, mon combat porte sur cette prévention «la transmission mère-enfant» et mon combat porte sur une meilleure intégration des services pour faire en sorte que l’on puisse tirer le SIDA de son isolement, que l’on puisse faire en sorte que l’on puisse utiliser les ressources qui ont été mobilisées de façon verticale pour servir des causes plus transversales : renforcer le système de santé, faire en sorte que l’on puisse avoir une plus grande délégation des tâches aux travailleurs communautaires pour étendre le service aux populations qui sont sans voix. Mais encore une fois, la prévention là où on a un problème sérieux, c’est qu’au lieu d’avoir un accès universel aux soins, aux traitements pour les personnes marginalisées, on a un obstacle universel.
On a au moins 80 pays, aujourd’hui, qui ont des lois homophobiques, qui ne reconnaissent pas du tout le fait qu’on puisse avoir une orientation sexuelle différente. On a la plupart des pays où l’on voit l’infection croître, tout particulièrement, en Asie, en Europe de l’Est, chez les utilisateurs de la drogue : ils sont marginalisés, ils sont criminalisés, ils sont discriminés. On n’accepte pas qu’ils aient accès aux services. Donc cette situation, il faut la prévenir, parce que c’est là où on va avoir des explosions dans les années à venir. Déjà en Chine, quand j’étais là, on s’est rendu compte l’année dernière, avec les nouveaux modes de transmission, comme vous l’avez dit, on constate une transition dans l’épidémie. Donc, on ne peut plus ignorer ces groupes et on ne peut plus les considérer, comme un peu, à la marge de la société parce que la plupart d’entre elles n’ont pas de voix ! Il faut trouver des mécanismes pour les protéger, il faut faire en sorte que les lois qui ne les protègent pas, n’existent pas. C’est là où le combat de l’ONUSIDA se porte aussi en termes de prévention.

Olivier Pleskoff pour SIDABLOG : Je vous remercie.


Accèdez a l'interview vidéo de Mr Michel Sidibé :

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