Vulgarisation Scientifique des résultats de la recherche sur le SIDA / VIH

Lettre bimensuelle n° 69 (16-30 novembre 2011)


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Tester la population générale pour lutter contre le SIDA

Durant les 15 dernières années le dépistage précoce du VIH a permis de diminuer efficacement la mortalité. D’une part, on a pu traiter précocement les personnes infectées. D’autre part, on a limité la propagation du virus. On pense aujourd’hui que le dépistage précoce joue un rôle-clef dans le contrôle de l’épidémie. Néanmoins, en France 140.000 personnes vivent avec le VIH et 7.000 personnes sont nouvellement infectées chaque année. Malgré l’accès aux tests, les diagnostics tardifs restent conséquents : 1/3 des patients sont diagnostiqués quand leur système immunitaire est déjà fortement altéré. Pour améliorer la détection précoce, les agences nationales de santé1 développent des tests rapides au sein des populations saines. Toutefois, une étude réalisée au sein des services d’urgences des hôpitaux de la région parisienne n’a pas permis d’améliorer ce dépistage.

essai depistage vih service urgence

Ces services, qui sont une source importante de population saine de tout horizon, offrent une grande diversité de patients et des lieux idéaux pour tester la présence du VIH. Les chercheurs ont alors travaillé en région parisienne, où le nombre de nouvelles infections par le VIH par an représente la moitié des nouveaux diagnostics en France. Ils ont alors travaillé avec 29 services d’urgences pendant 6 semaines2.
138.691 patients ont ainsi côtoyé les services des urgences et seuls 78.411 étaient éligibles3. Les tests ont alors été proposés à 20.962 patients et seuls 13.229 l’ont accepté. Finalement 12.754 ont été évalués4. Cette population reflétait la distribution de la population générale. Ainsi, 18 patients présentaient un test positif à la détection précoce du VIH : ce sont essentiellement des homosexuels masculins et des femmes d’origine sub-saharienne.
Bien que cette étude ait permis de recueillir un grand échantillon, les bénéfices d’une détection précoce dans une population saine n’ont été que très modestes. En effet, ces tests ont permis de détecter 0,14% de nouvelle infection de cette population, alors que la fréquence habituelle est de 0,17%. De plus, la quasi-totalité des personnes diagnostiquées appartenaient à des groupes à haut risque. Aussi, sur la totalité des patients recueillis, seuls 16% ont été évalués. Nous pouvons penser que les personnes n’ayant pas été testées avaient un plus haut risque de présenter une infection.

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Modest Public Health Impact of Nontargeted Human Immunodeficiency Virus Screening in 29 Emergency Departments. d'Almeida KW, Kierzek G, de Truchis P, Le Vu S, Pateron D, Renaud B, Semaille C, Bousquet V, Simon F, Guillemot D, Lert F, Crémieux AC; for the Emergency Department HIV-Screening Group. Arch Intern Med. 2011 Oct 24.
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Références :

1 Aux Etats-Unis, Royaume-Uni, et plus récemment en France.
2 Les patients participants à cette étude ont été au nombre de 78.411 qui avaient entre 18 et 64 ans. Les mesures faites ont été le nombre de patients évalué la présence du VIH et leurs caractéristiques  par rapport à ceux de la population de Paris, ainsi que la proportion de patients séropositifs nouvellement diagnostiqués et leurs caractéristiques par rapport aux patients séropositifs de la population nationale.
3 En particulier par l’inhabilité à donner son consentement (maladies psychiatriques, barrière de la langue, consommateurs de drogues, etc).
4 Des analyses descriptives ont été appliquées à 11.356 ayant complété des questionnaires.


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