Vulgarisation Scientifique des résultats de la recherche sur le SIDA / VIH

Lettre bimensuelle n° 68 (1-15 novembre 2011)


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Vers un vaccin ?

Le développement d’un vaccin capable de réduire la transmission du VIH reste une priorité majeure. Ce virus reste capable d’une grande variabilité génétique et d’une rapide intégration au sein du génome de l’hôte. Des études récentes ont permis de comprendre de façon plus approfondie comment le système immunitaire réagit face à l’intrusion du virus et comment ces réponses pourraient être utilisées pour le développement d’un vaccin efficace.
La première étude a concerné les cellules T cytotoxiques, celles qui s’attaquent directement aux cellules infectées. En effet, la protection partielle dans l’essai RV1441 est semble-t-il due à la production d’anticorps plutôt qu’à l’activation des cellules T cytotoxiques2. Comme nous l’avons vu précédemment l’action des anticorps neutralisants, détectée chez certains patients infectés non malades, reste une perspective intéressante cependant aucun vaccin fondé sur ceux-ci n’est encore utilisable. Les chercheurs se demandent s’il ne serait pas nécessaire de trouver une stratégie activant à la fois les anticorps et les cellules cytotoxiques.
Une nouvelle approche menée dès lors par Hansen et ses collaborateurs a introduit un nouveau concept fondé sur l’utilisation de vecteurs recombinants de cytomégalovirus réplicatifs et persistants utilisés comme vaccins. Les résultats de cette étude sont spectaculaires chez des rhésus macaques. Ils n’ont certes pas protégé les animaux contre l’infection, mais les chercheurs ont assisté à un contrôle durable de la charge virale par une forte réponse immunologique  sur le long terme. Comme ce vaccin active les cellules T cytotoxiques et les cellules T CD4+, ils ont montré que ces cellules suffiraient à renverser l’équilibre de l’infection en limitant l’étendue du virus.
La question qui se pose alors est la suivante : comment utiliser ces résultats pour produire un vaccin efficace contre le VIH et quelles sont les limites ? En effet, ce vaccin n’a pas permis la protection contre l’infection. Il faudrait  produire des anticorps fonctionnels et activer les réponses des cellules T pour lutter et réduire la propagation virale. Cette association anticorps-cellules cytotoxiques T  est nécessaire parce que des maladies infectieuses sont capables d’empêcher les infections quand les niveaux d’anticorps sont très élevés. Cependant dans le cas du VIH,  étant donné l’infime probabilité qu’un vaccin ait une efficacité de 100%, il est essentiel d’avoir des cellules T, pour les virus ayant franchi la barrière des anticorps.
D’autres études récentes ont permis de comprendre de façon plus approfondie comment le système immunitaire réagit face à l’intrusion du virus et comment ses réponses pourraient être utilisées pour le développement d’un vaccin efficace. Mais les interprétations de ces données sont soumises à polémique : certains scientifiques les voient comme une grande avancées alors que d’autres sont plus réfractaires.
Depuis quelques années, plusieurs vaccins ont été testés sur l’homme mais la plupart se sont révélés inefficaces ou trop partiellement efficaces. La plus grande déception vient de l’essai STEP3 qui s’est révélé toxique pour les cellules T et n’a apporté aucune protection contre l’infection. De même, l’essai RV144 a surpris car il était fondé sur une combinaison de vaccins qui individuellement n’avait aucun effet protecteur. Ce vaccin a généré une réponse forte sans effet toxique. Cependant, les anticorps produits ne présentent pas d’activité neutralisante.

differentes reponses immunitaires induites par le vaccin

Cela dérange aujourd’hui encore une grande majorité des chercheurs pour qui les anticorps neutralisants semblent prometteurs pour la lutte contre le VIH. En effet, leur action est sans équivoque : chez des macaques rhésus, les animaux sont protégés d’une infection par plusieurs injections. Aussi, des découvertes importantes ont récemment été faites. Des anticorps largement neutralisants ont été découverts et bloqueraient près de 90% des souches VIH présentes dans le monde entier4. Ces anticorps largement neutralisants ciblent des régions très spécifiques de l’enveloppe virale et ont été découverts chez 1% de la population infectée. Ils sont appelés neutraliseurs d’élites5. Des études ont également révélé une forte polyréactivité6et une hypermutation7 spécifique des régions variables menant à une maturation optimale pour une reconnaissance poussée de leur cible.
Etant donné que les anticorps contiennent plus de 80 changements d’acides aminés améliorant leur capacité de reconnaissance, il est clair qu’un vaccin devra avoir des spécificités très bien définies. Mais ceci nécessite une méthodologie très complexe avec plusieurs séquences d’injection et une exposition longue et continue à l’antigène. On peut espérer que l’ensemble des individus soumis à une telle vaccination développe ces anticorps.
Cependant il existerait une alternative : l’essai RV144 a montré que des anticorps non neutralisants auraient la capacité d’empêcher la transmission virale. Pour ce faire, ils pourraient provoquer la formation d’un complexe de plusieurs particules virales et d’anticorps empêchant les virions de traverser les barrières muqueuses8.Ainsi, ce procédé est prometteur mais il a été jusqu’alors écarté car il n’entrainait pas d’élimination directe des virus (comme peuvent le faire radicalement les anticorps neutralisants). Mais les anticorps non-neutralisants pourraient permettre une alternative efficace.

anticorps neutralisants et non neutralisants contre le vih

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Moving ahead an HIV vaccine: use both arms to beat HIV. Walker BD, Ahmed R, Plotkin S. Nat Med. 2011 Oct 11;17(10):1194-5.
Moving ahead an HIV vaccine: to neutralize or not, a key HIV vaccine question. Hope TJ. Nat Med. 2011 Oct 11;17(10):1195-7.
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Références :

1 Voir lettre d’actualité « un vaccin anti-VIH : restons prudents ».
2 Les lymphocytes T CD8+.
3 Voir lettre SIDABLOG n°21.
4 Voir lettre SIDABLOG n°66.
5 Voir lettre SIDABLOG n°11.
6 Voir lettre SIDABLOG n°46.
7 Voir lettre SIDABLOG n°65.
8 Ou piégeant les particules virales au sein des barrières épithéliales superficielles du mucus, ou encore dirigé les particules virales vers les cellules phagocytaires spécifiques entrainant la destruction de celles-ci.


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