Vulgarisation Scientifique des résultats de la recherche sur le SIDA / VIH

Lettre bimensuelle n° 67 (16-31 Octobre 2011)


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APOBEC3G active l’immunité précoce

Suite à l’infection, on observe une phase rapide de multiplication du VIH, caractérisée par de hautes charges virales qui seront neutralisées par la réponse immunitaire précoce ou innée. Des secrétions de cytokines (molécules de communication du système immunitaire) augmentent alors l’expression de certains facteurs spécifiques de cette réponse immunitaire innée comme APOBEC3G (A3G). Cette protéine est connue pour limiter la prolifération et la reproduction du virus en le parasitant et en l’inhibant directement. On vient de montrer qu’il augmente aussi la reconnaissance et la destruction par les cellules Natural Killer (NK) des cellules infectées. 

Dans les cellules infectées, A3G est empaqueté dans les particules du VIH et l’attaquerait par deux mécanismes différents : il entraînerait des modifications qui inactivent son ADN, en remplaçant les résidus cytosines en résidus uraciles, et il perturberait la reverse transcription de l’ARN viral en ADNc.
Cependant le VIH possède des armes pour contrecarrer les actions d’A3G. La protéine virale Vif1 dirige A3G vers un site spécifique de dégradation2 et la protéine virale Vpr est capable de réparer l’ADN modifié via l’enzyme UNG23.
Des chercheurs de l’Université du Michigan ont cherché à comprendre les relations qui pourraient exister entre les protéines A3G, Vif et Vpr et la reconnaissance des cellules infectées par les cellules NK. Ces cellules jouent également un rôle critique au tout début de l’infection, avant que ne se mette en place la réponse immunitaire spécifique. Elles sont capables de détruire les cellules infectées grâce à une batterie de récepteurs qui leur permet de les reconnaître.
Ces chercheurs ont étudié principalement le récepteur activateur NKG2D présent à la surface des cellules NK. Ils ont alors montré dans un premier temps que les protéines du VIH Vpr et surtout Vif réduisent la quantité de ligands de NKG2D au niveau des cellules T. En revanche, l’expression d’A3G entraîne une surexpression de ces ligands. Ainsi, A3G permettrait aux cellules infectées par le VIH d’être plus aisément détruites par les cellules NK. Les effets de Vif sur la dégradation d’A3G expliquent ses effets protecteurs.
Ces chercheurs ont également montré qu’A3G agirait par plusieurs médiations résultant de la dégradation de l’ADN. C’est la transformation des cytosines en uraciles provoquée par A3G qui faciliterait la destruction des cellules T infectées. Vpr bloquerait cette voie en diminuant les transformations en uracile.

APOBEC3G entraine destruction cellules infectées par cellules NK

Ainsi des stratégies thérapeutiques visant à augmenter l’activité d’A3G pourraient être particulièrement efficaces contre le virus : en agissant directement contre lui ou en stimulant la dégradation par les cellules NK des cellules infectées.

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The antiviral factor APOBEC3G enhances the recognition of HIV-infected primary T cells by natural killer cells. Norman JM, Mashiba M, McNamara LA, Onafuwa-Nuga A, Chiari-Fort E, Shen W, Collins KL. Nat Immunol. 2011 Aug 28;12(10):975-83.
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Références :

1 Cependant l’action de vif n’est pas absolue : des mutations du génome du VIH peuvent influencer son évolution et surtout le développement de résistance aux drogues ou à la réponse immunitaire.
2 Par le protéasome.
3 Vpr permet l’incorporation dans les virions de l’enzyme cellulaire uracyl ADN glycosylase qui répare l’ADN.


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