Vulgarisation Scientifique des résultats de la recherche sur le SIDA / VIH

Lettre bimensuelle n° 66 (1-15 Octobre 2011)


Format PDF

Une immunité artificielle

Plus de 25 ans après la découverte du virus du SIDA, il existe différentes méthodes pour prévenir l’infection mais un vaccin sûr et efficace n’a pu être développé. Cet objectif reste toutefois envisageable. Pour de nombreux virus (rougeole, poliovirus…) il existe un mode de protection naturel. La réaction immunitaire face à un élément pathogène permet l’élimination de celui-ci au sein de l’organisme et confère une protection durable contre toute réinfection possible. On a pu développer des vaccins efficaces en imitant l’infection. Cela permet alors le déclenchement de la réponse immunitaire de sorte qu’elle soit efficace lors d’une première rencontre avec le pathogène. C’est le principe de la vaccination classique.
Malheureusement dans le cas du VIH, la réaction immunitaire se mettant en place n’est pas du tout adaptée : elle est trop faible et trop tardive1. On cherche donc à déclencher une immunité ressemblant à l’immunité naturelle mais plus précoce, plus puissante et donc plus efficace, une sorte d’immunité artificielle.
Lors de la plupart des infections virales l’apparition d’anticorps va de pair avec l’apparition d’une clearance virale2 empêchant toute réinfection ultérieure. De plus, la transmission passive d’anticorps neutralisants prévient l’infection de singes. Les anticorps les plus neutralisants sont dirigés contre des régions très conservées de l’enveloppe mais ces sites sont souvent cachés par des molécules de sucre de la membrane virale. Ainsi, on protégerait de l’infection si on arrivait à provoquer la production d’anticorps neutralisants avant ou peu de temps après l’exposition au virus. Le défi actuel consiste à concevoir des vaccins provoquant ces réactions immunitaires artificielles.
Une première approche consiste à déterminer la structure de l’enveloppe virale reconnue par de tels anticorps et à l’utiliser comme vaccin pour les produire. Cette approche paraît extrêmement délicate car des anticorps neutralisants et non neutralisants peuvent se fixer à la même partie du virus malgré de rares différences.
Une seconde approche consiste à comprendre comment ils sont produits pour arriver à l’adapter à la vaccination. Chez les patients ces anticorps sont rares : on ne les trouve que 1 à 2 ans après l’infection. Exposées au virus, les cellules qui les produisent subissent une évolution complexe au cours de laquelle des mutations dites somatiques augmentent leur efficacité. On doit alors comprendre les mécanismes précis de ce processus pour pouvoir un jour l’accélérer et l’utiliser comme vaccin préventif.
Les outils modernes de la science devraient donc permettre de stimuler artificiellement une réponse immunitaire plus efficace que celle qui apparaît chez les personnes infectées

-----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
HIV vaccine development--improving on natural immunity. Johnston MI, Fauci AS. N Engl J Med. 2011 Sep 8;365(10):873-5.
-----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
Références :

1 Voir lettre SIDABLOG n°25.
2 Ou l’élimination du virus.


Accèdez aux articles de la lettre bimensuelle :

LETTRES SIDABLOG
 
Plan du site ׀ Mentions Légales ׀ Designed by Absysdesign.com ׀ Nos Partenaires ׀ Copyright Sidablog 2009.