Vulgarisation Scientifique des résultats de la recherche sur le SIDA / VIH

Lettre bimensuelle n° 63 (16-31 juillet 2011)


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Seuls certains anticorps seraient efficaces

Depuis la découverte du VIH, la recherche se heurte à la conception d’un vaccin. Les résultats obtenus sont jusqu’alors très limités malgré plusieurs essais cliniques. Le but est en particulier de stimuler la production d’anticorps neutralisants, c'est-à-dire capables d’interagir avec la partie externe du virus et surtout de l’empêcher d’infecter une cellule cible. Des anticorps neutralisants ont pourtant été retrouvés chez certains patients infectés mais non chez les sujets vaccinés. Les anticorps stimulés s’avèrent inefficaces : ils ne ciblent que des parties inactives du virus. On sait aujourd’hui quels sont les anticorps efficaces.
Des équipes de chercheurs américains ont comparé les effets d’anticorps anti-VIH neutralisants sur l’infection de macaques. Pour cela, ils ont utilisé les anticorps humains b6 et b12. La protéine Env que l’on trouve à la surface du virus est composée des sous-unités gp120 et gp41. Les anticorps b6 et b12 se fixent sur gp120, au niveau du site de fixation à CD4 (la porte d’entrée du virus dans la cellule). Mais b12 se révèle être 100 fois plus neutralisant : il est plus efficace pour bloquer l’entrée du virus. Les chercheurs ont également étudié un autre anticorps, F240, qui lui se fixe à gp41 et qui n’est pas neutralisant.
Ils ont observé qu’à doses équivalentes b12 permet une protection alors que b6 est inefficace1. Ainsi, ce n’est parce qu’un anticorps se fixe à gp1202 qu’il peut protéger les animaux de l’infection.
Ils ont montré par ailleurs que l’effet protecteur de b12 dépend de sa quantité. L’effet neutralisant de l’anticorps dépend donc à la fois de sa concentration et de sa sensibilité à l’agent infectieux. De manière intéressante, ils ont également observé que F240, à des doses très élevées, permet de bloquer l’infection (2 animaux sur 5 étaient non infectés). Les chercheurs supposent que cet anticorps, en ciblant gp41, pourrait fixer les virus libres et les neutraliser. Cependant, cet effet de F240 n’est pas statistiquement significatif.

protection des singes et des macaques infection par les anticorps neutralisants

Ainsi, l’effet protecteur observé avec l’anticorps neutralisant b12 renforce l’idée que les voies de développement d’un vaccin efficace doivent rester centrées sur sa capacité de provoquer une large et puissante production d’anticorps neutralisants.

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Limited or no protection by weakly or nonneutralizing antibodies against vaginal SHIV challenge of macaques compared with a strongly neutralizing antibody. Burton DR, Hessell AJ, Keele BF, Klasse PJ, Ketas TA, Moldt B, Dunlop DC, Poignard P, Doyle LA, Cavacini L, Veazey RS, Moore JP. Proc Natl Acad Sci USA. 2011 Jul 5;108(27):11181-6.
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Références :

1 Que l’administration soit locale (directement au niveau du vagin) ou en intraveineuse.
2 Du moins la partie qui reconnaît le récepteur cellulaire CD4.

 

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