Vulgarisation Scientifique des résultats de la recherche sur le SIDA / VIH

Lettre bimensuelle n° 59 (16-31 mai 2011)


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Les patients contrôleurs : une certaine stabilité sur 15 ans

Nous ne sommes pas tous égaux face à VIH. Certains sont résistants à l’infection1, d’autres contrôlent naturellement plus ou moins bien la prolifération du virus et sont plus ou moins résistants à la maladie. Les patients dits « contrôleurs » sont caractérisés par une très faible charge virale en l’absence de traitements, plus de 10 ans après l’infection2. Ils ne représentent que moins de 1% des patients et sont à différencier des non progresseurs qui ont quant à eux des quantités de lymphocytes T CD4+ (LTCD4+) plus élevées. Le suivi depuis près de 15 ans des patients de la cohorte de contrôleurs de l’ANRS a révélé que certains d’entre eux présentent néanmoins des « blips viraux », c'est-à-dire de brefs et faibles rebonds de la charge virale, qui sont associés à une chute faible mais significative du nombre de LTCD4+.
En 2008, des patients définis comme asymptomatiques3 ont été « sélectionnés » dans la cohorte contrôleurs de l’ANRS4. Sur plus de 34 000 patients infectés et suivis dans 35 centres hospitaliers, 106 contrôleurs ont été distingués, soit près de 0,3%. Comprendre comment leur organisme contrôle l’infection est très utile pour le développement de nouveaux vaccins ou thérapies antivirales. Or, Il existe très peu de données cliniques sur le long terme de la quantité de cellules LTCD4+ une fois le diagnostic du VIH réalisé. Des chercheurs du groupe EP36 de l’ANRS se sont intéressés aux caractéristiques épidémiologiques et au devenir de la maladie de 81 patients de la cohorte de contrôleurs.
Comme d’autres études l’avaient montré jusqu’à présent, les chercheurs ont observé une proportion plus importante de femmes parmi ces contrôleurs. Ils ont aussi constaté une sous-représentation des hommes homosexuels et une surreprésentation des toxicomanes. Ceci pourrait s’expliquer par le fait que les homosexuels reçoivent plus rapidement un traitement médical les rendant alors inéligibles comme contrôleurs. Cependant, le type d’infection pourrait expliquer les différences observées.
Parmi ces contrôleurs ils distinguent 3 groupes : le premier (30 patients) ayant une charge virale en dessous de la limite de détection (50 copies/ml) ; le deuxième (39 patients) dans lequel moins de 50% des valeurs de charges virales sont au-dessus de la limite de détection ; et un troisième groupe où plus de 50% des valeurs de RNA-VIH sont au-dessus de cette limite. D’un point de vue biologique, les contrôleurs possèdent moins d’ADN - VIH dans les cellules que les autres. Quand les chercheurs se sont intéressés aux quantités de LTCD4+, référence majeure pour la gravité de la maladie, ils se sont alors aperçus que les patients contrôleurs voit leur taux de LTCD4+ diminuer très faiblement de 10 cellules /mm3  par an, alors que généralement les patients infectés perdent de 60 à 100 LTCD4+/mm3 par an. Plus précisément, ils ont constaté que le premier groupe voit son taux diminuer très faiblement. Les deuxième et troisième groupes présentent quant à eux des regains de charges virales associés à un déclin de LTCD4+ faible mais significatif. Dans le premier groupe, ils n’ont observé aucune progression immunologique ou virologique, alors que dans les deux autres groupes, on a observé des progressions immunologiques5 et des cancers.

Ainsi ces regains de charges virales chez les contrôleurs semble apparentés à un risque faible mais significatif d’événements pathologiques.

évolution de la charge virale chez les controleurs du vih

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CD4 Dynamics over a 15 Year-Period among HIV Controllers Enrolled in the ANRS French Observatory. Boufassa F, Saez-Cirion A, Lechenadec J, Zucman D, Avettand-Fenoel V, Venet A, Rouzioux C, Delfraissy JF, Lambotte O, Meyer L; for the ANRS EP36 HIV Controllers Study Group. PLoS One. 2011 Apr 21;6(4):e18726.
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Références :

1 Les patients possédant une mutation au niveau du corécepteur CCR5, empêchant celui-ci de s’exprimer à la membrane et donc de permettre l’entrée du virus.
2Voir lettre SIDABLOG n° 11.
3 Sans aucun symptômes de la maladie SIDA associés au VIH), n’ayant jamais suivis de thérapie antirétrovirale et infectés depuis plus de 10 ans, ayant moins de 400 copies de RNA-VIH par millilitre de plasma sanguin.
4 Agence Nationale de Recherche sur le SIDA.
5 Nombre plus important de LTCD8+ et une activation plus importante.

 

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