Vulgarisation Scientifique des résultats de la recherche sur le SIDA / VIH

Lettre bimensuelle n° 59 (16-31 mai 2011)


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Un levier du système immunitaire à ne pas négliger

On cherche à activer deux réponses immunitaires principales pour lutter contre le VIH. D’une part, il y a les lymphocytes T CD8+ qui sont capables de reconnaitre et de détruire les cellules infectées1. D’autre part il y a la production anticorps capables de reconnaitre et de fixer le virus ce qui, lorsqu’ils sont neutralisants2, bloque l’infection.
Il existe cependant un autre type de réponse, la cytotoxicité anticorps dépendante à médiation cellulaire (ADCC3), qui jusqu’alors était plus difficile à étudier. Il s’agit d’une réaction exercée par certaine cellules, en particulier les cellules « Natural Killer », qui détruisent les cellules infectées recouvertes d’anticorps. Des chercheurs australiens ont développé de nouvelles techniques d’études4 et ont montré que l’ADCC agirait contre le virus et le contraindrait à se modifier.
On supposait depuis plusieurs années que l’ADCC de jouer un rôle protecteur contre le VIH. Les anticorps ADCC sont nombreux chez les personnes infectées et pourraient ralentir la progression de la maladie5. Des études réalisées chez le singe avaient également montré qu’ils auraient un rôle protecteur6. Néanmoins, il n’était guère encore possible de cibler précisément la réponse ADCC contre le virus.
Les chercheurs australiens ont développé une méthode pour détecter et cartographier les domaines ou épitopes reconnus des anticorps responsables de l’ADCC. Ils ont repéré un large nombre d’épitopes spécifiques chez des sujets infectés. Après avoir caractérisé les virus présents chez ces patients, ils ont regardé les réponses ADCC capables de reconnaître le virus d’origine afin d’observer un éventuel échappement viral.
Ils ont alors montré que les anticorps ADCC peuvent forcer l’apparition de mutations sur le VIH ce qui lui permet d’échapper à la réponse immunitaire. Ces mêmes anticorps semblent être cependant efficaces sur des variants viraux isolés précocement chez le même patient, suggérant alors une évolution de la résistance du virus au cours du temps. Ceci ne semble pas vraiment étonnant car le génome du VIH peut provoquer des mutations pour échapper aux réponses immunitaires et antivirales.

réponse addc contre la cellule infectée par le vih

Ainsi l’existence d’une ADCC efficace chez les patients traités de l’essai vaccinal Thaïlandais RV1447, difficile à contourner par le virus, pourrait expliquer en partie les faibles effets protecteurs observés. De même, ce mécanisme pourrait participer chez certains patients contrôleurs8 à la protection contre le SIDA et au contrôle de la charge virale observé depuis plus de 10 ans. La réponse ADCC doit donc être prise en considération pour le développement d’un vaccin aussi bien protecteur que thérapeutique.

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Immune escape from HIV-specific antibody-dependent cellular cytotoxicity (ADCC) pressure. Chung AW, Isitman G, Navis M, Kramski M, Center RJ, Kent SJ, Stratov I. Proc Natl Acad Sci U S A. 2011 May 3;108(18):7505-10.
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Références :

1 Voir lettre SIDABLOG n° 48
2 Voir lettre SIDABLOG n° 54
3 Pour antibody dependent cellular cytotoxicity.
4 Par analyse de l’activation des cellules NK par des anticorps ADCC en présence de peptides du VIH.
5 Chung et collaborateurs, Curr HIV Res 2008; 6 :515-519.
6 Hessel et collaborateurs, Nature 200; 449 :101-104.
7 Voir lettre SIDABLOG d’actualité : Un vaccin anti-VIH ? restons prudents.
8 Voir lettre SIDABLOG n° 11.


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