Vulgarisation Scientifique des résultats de la recherche sur le SIDA / VIH

Lettre bimensuelle n° 58 (1-15 mai 2011)


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La thérapie antirétrovirale précoce ralentirait la transmission du VIH

Plusieurs études ont déjà suggéré que la transmission du VIH chez les couples sérodiscordants1 sous traitement antirétroviral était plus faible que le taux de transmission chez les couples qui ne prennent pas de traitements.
On a récemment comparé à l’aveugle (étude HPTN 052)2 l’efficacité de deux stratégies de traitement dans la prévention de la transmission du VIH au sein de couples sérodiscordants issus des pays suivants : Botswana, Brésil, Inde, Kenya, Malawi, Afrique du Sud, Thaïlande, Etats-Unis et Zimbabwe. On comprend maintenant que les hommes et les femmes infectés courent moins le risque de transmettre le virus à leur partenaire sexuel lorsqu’ils commencent un traitement antirétroviral précoce3. Cette étude commencée en Avril 2005 devait se poursuivre jusqu’en 2015, mais le comité indépendant de surveillance de données et de sécurité (DSMB4) vient de mettre fin à la phase III de cet essai, ayant constaté que les patients séropositifs, traités précocement par une thérapie antirétrovirale, voyaient le risque d’infecter leurs partenaires fortement décroître.

Protocole
Les participants séropositifs inclus dans cette étude (890 hommes et 873 femmes) devaient présenter un taux de CD4 compris entre 350 et 550 cellules /mm3 au moment de leur participation à l’étude. Ce taux de CD4 devait rester stable dans cet intervalle durant 60 jours. La séronégativité des partenaires non infectés par le VIH a été vérifiée pendant 14 jours après.
Les enquêteurs ont assigné au hasard les couples à l'un ou l'autre des deux groupes d'étude. Dans le groupe I (886 couples) la thérapie antirétrovirale a débuté dès que le couple a commencé l’étude. Le partenaire infecté par le VIH prend immédiatement une combinaison de 3 ou 4 médicaments choisis parmi une liste de 11 antirétroviraux5. Dans le groupe II (877 couples), la thérapie antirétrovirale a été retardée. Elle ne se fait que lorsque le taux de CD4 des partenaires infectés par le VIH passe en dessous de 250 cellules/mm3 ou qu’une maladie liée au SIDA se déclare. Durant cette étude, les participants de ces deux groupes ont reçu des conseils sur les pratiques sexuelles sans risque, ainsi que des préservatifs gratuits. Ils ont subi des tests fréquents de dépistage du VIH et autres infections sexuellement transmissibles. On leur a également administré des traitements pour toutes les complications liées à l’infection par le VIH.

Objectifs de l’étude
L'objectif principal de l'étude était de comparer les taux d'infection par le VIH parmi les partenaires des participants infectés dans les deux groupes.
Les objectifs secondaires étaient multiples:
- déterminer l'innocuité à long terme des deux stratégies de traitement antirétroviral.
- caractériser et comparer les modèles et les taux de résistance aux médicaments antirétroviraux des deux stratégies.
- évaluer l'utilité des mesures de la réponse virologique et de l'efficacité immunologique.
- déterminer, caractériser et comparer les taux de maladies liées au SIDA, des maladies sexuellement transmissibles, des infections opportunistes et des syndromes de reconstitution immunitaire, suivant les stratégies de traitement et les différents contextes géographiques.
- déterminer et caractériser les taux de toxicité associés aux médicaments antirétroviraux observés dans les différents contextes géographiques et suivant les stratégies de traitement.
- évaluer l'efficacité des conseils prodigués aux couples et caractériser le comportement sexuel des deux groupes.
- caractériser et comparer la qualité de vie des couples dans les différents contextes géographiques des deux groupes.

Résultats
L’étude a révélé que 39 personnes ont été infectées par le VIH. Parmi eux on trouve 28 personnes infectées par leur partenaire, 7 personnes dont l’infection ne lui est pas liée et 4 personnes dont l’origine de l’infection est toujours en cours d’analyse. Mais surtout, sur les 28 infections imputées aux partenaires, on en observe 27 dans le groupe II et une seule dans le groupe I. Ces résultats sont statistiquement significatifs et suggèrent qu’une thérapie antirétrovirale précoce réduit de 96% les risques de transmission du VIH au partenaire sain. L’étude révèle en outre que le traitement antirétroviral précoce empêche une dégradation de la santé du partenaire séropositif. En effet on observe une différence statistiquement significative de cas de tuberculoses extra-pulmonaires dans les deux groupes. Chez les patients recevant un traitement précoce (groupe I), on observe 3 cas de tuberculose alors que chez les patients recevant un traitement tardif (groupe II), on en observe 17 cas. Il y a eu 23 décès durant cette étude, 10 dans le groupe I et 13 dans le groupe II (ce qui n’est pas statistiquement significatif).

Portée de l’étude      
C’est la première fois qu’une étude à l’aveugle, « l’essai HPTN 052 », attribue la réduction du risque de transmission du VIH à un traitement antirétroviral pris précocement6. Cette nouvelle étude démontre d'une façon convaincante que le traitement de l'individu infecté peut avoir un impact majeur sur la réduction de la transmission du VIH. L'effet protecteur est aussi bon que dans d‘autres études. En plus du bénéfice clinique attribué à la thérapie antirétrovirale précoce, on observe également une réduction significative de l’incidence de la tuberculose extrapulmonaire.

Limite de l’étude
Parmi les 1763 couples que l’étude HPTN 052 a pris en compte, 97 % sont des couples hétérosexuels. On ne peut donc pas extrapoler les résultats de cette enquête à la population générale qui inclut les homosexuels. De plus, l’étude ne prend en compte que les patients séropositifs asymptomatiques ayant un taux élevé de CD4 compris entre 350 et 550 cellule/mm3. Par conséquent, les individus de cette étude sont ceux qui ont le plus faible risque de transmettre le VIH à leurs partenaires. Enfin, il faut rappeler aussi que la population de cette étude a été fortement conseillée pour réduire les risques de transmission sexuelle du VIH et a été suivie médicalement pour dépister toutes maladies sexuellement transmissibles.

Perspectives
Le SIDA continue d'être un problème majeur de santé publique. En 2009, 2,6 millions de personnes ont été nouvellement infectées dans le monde, et 1,8 million de personnes sont mortes de maladies liées au SIDA, ce qui porte le nombre total de décès à environ 30 millions depuis le début de la pandémie. L’essai HPTN 052 a montré qu’un traitement antirétroviral précoce du VIH est aussi un outil de prévention puisqu’il réduit de 96% le risque de transmission du virus au partenaire séronégatif. Ce résultat encourageant met en question le moment opportun de commencer une thérapie antirétrovirale pour les séropositifs

les traitements précoces ralentissent transmission du vih couples sérodiscordants

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Références :

1 C'est-à-dire pour lesquels seul l’un des deux partenaires est séropositif.
2 Menée sur 1763 couples sérodiscordants,
3 Quand leur système immunitaire est encore relativement sain.
4 Pour Data and Safety Monitoring Board.
5 Atazanavir, Didanosine Efavirenz, Emtricitabine/tenofovir disoproxil fumarate, Lamivudine, Lopinavir/ritonavir, Nevirapine, Ritonavir, Tenofovir disoproxil fumarate, Zidovudine/lamivudine.
6 Au vue des premiers résultats de cette étude qui devait prendre fin en 2015, le DSBM a recommandé que l'étude sur le groupe II soit arrêtée et que les participants soient informés du résultat de l'essai. Une thérapie antivirale sera offerte à tous les participants infectés dans les deux groupes. Les participants de l’étude continueront d’être suivis pendant au moins 1 an. Les participants qui ont été infectés par le VIH durant cette étude seront référés aux services locaux pour un traitement et des soins médicaux appropriés.


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