Vulgarisation Scientifique des résultats de la recherche sur le SIDA / VIH

Lettre bimensuelle n° 58 (1-15 mai 2011)


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Des petits ARN nous défendraient contre le virus

Les molécules HLA (human leukocytes antigen) présentes à la surface des cellules permettent l’identification des éléments pathogènes. Lorsqu’un virus infecte les cellules, celles-ci découpent les protéines virales et ses morceaux sont déplacés et combinés aux molécules HLA à la surface cellulaire. Les cellules infectées seront ainsi reconnues et détruites par le système immunitaire. Les variations génétiques des molécules HLA sont les facteurs génétiques connus pour ralentir le plus la progression vers le SIDA. Des chercheurs ont récemment  observé qu’une simple mutation (appelée  -35 car située à 35 000 paires de base avant le gène) est associée à davantage d’HLA-C en surface ce qui ralentit l’infection dès les phases précoces. On comprend aujourd’hui les mécanismes de cette observation.
A la différence du HLA-B, aucune forme spécifique de HLA-C ne semble mieux contrôler le virus. En revanche, un niveau d’expression plus élevé de HLA-C améliorerait le contrôle de l’infection.
Pour expliquer cela, des chercheurs se sont intéressés aux microARNs. Ces petits ARNs, connus depuis près de 20 ans, contrôlent l’expression des gènes principalement au niveau post-transcriptionnel en dégradant des ARN messagers cibles ou en bloquant leur traduction en protéine. En effet, en plus de l’ADN (acide désoxyribonucléique) de chaque cellule, il existe de l’ARN (acide ribonucléique) nécessaire à la synthèse des protéines. L’ADN ne peut pas produire seul des protéines mais il a besoin d’intermédiaires. Un gène, une section d’ADN, sert de modèle pour la synthèse d’une protéine. Tout d’abord, une enzyme fait une copie du gène appelée ARN messager. Ce dernier est alors décodé pour fabriquer une protéine. Un microARN qui est lui-même codé par un autre gène, peut se coller sur une partie spécifique de l’ARN messager et fait barrage à la synthèse de la protéine.
Après avoir décrypté la région terminale du gène HLA-C, ils ont montré deux sites de fixation des microRNAs qui présentent de petites variations entre individus. Ainsi les variants doivent engendrer une fixation des microRNAs différente et ainsi des différences dans le niveau d’expression de ces allèles HLA-C. Ils ont alors montré que l’une de ces mutations (3’UTR) régule la reconnaissance d’un certain microRNA. Lorsque celui-ci se fixe à l’ARN, la molécule HLA-C est moins bien exprimée. Lorsque la composition de l’ARN ne permet pas sa fixation, la molécule HLA-C est mieux exprimée et la réplication virale est mieux contrôlée.
En fait, la mutation -35 décrite précédemment n’est pas directement responsable de l’expression des molécules HLA-C et de la protection contre le SIDA. C’est seulement parce que les mutations -35 et 3’UTR sont liées, c’est-à-dire que les personnes porteuses de la première sont plus susceptibles de porter la seconde.
Cette découverte laisse apercevoir un nouveau degré de diversité et de complexité du système immunitaire sur lequel on pourrait agir pour traiter les patients.

effet mi arn contre le vih

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Differential microRNA regulation of HLA-C expression and its association with HIV control. Kulkarni S, Savan R, Qi Y, Gao X, Yuki Y, Bass SE, Martin MP, Hunt P, Deeks SG, Telenti A, Pereyra F, Goldstein D, Wolinsky S, Walker B, Young HA, Carrington M. Nature. 2011 Apr 28;472(7344):495-8.


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