Vulgarisation Scientifique des résultats de la recherche sur le SIDA / VIH

Lettre bimensuelle n° 56 (1-15 avril 2011)


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Un réservoir viral responsable de la chute du nombre des lymphocytes T CD4+ ?

Si l’élimination du VIH n’est pas encore possible, c’est principalement parce que des virus latents ou « dormants » persistent dans certaines cellules et échappent ainsi aux molécules antivirales. Ils forment un réservoir inaccessible à partir duquel de nouveaux virus peuvent être produits, après activation du système immunitaire ou arrêt des traitements.
Pendant longtemps, on pensait que le réservoir de ces virus « dormants » se trouvait dans des lymphocytes T mémoires1. Récemment, des chercheurs de l’université de Michigan ont montré que des cellules souches hématopoïétiques (CSH), présentes dans la moelle osseuse et responsable de la production de toutes les lignées sanguines, constituent aussi un des réservoirs du VIH. Cela ne concerne en réalité qu’un type de virus tardifs.
L’infection par le VIH passe par une destruction progressive du système immunitaire, se manifestant notamment par un déclin du nombre de lymphocytes T CD4+ (LTCD4+). Cet affaiblissement des défenses immunitaires fragilise l’organisme qui ne peut alors plus lutter contre des maladies dites opportunistes et souvent mortelles.
Aussi, il existe un lien entre les mécanismes d’entrée du virus dans les cellules et le stade de la maladie. L’entrée du virus est possible par des jeux d’interactions entre la protéine d’enveloppe virale et des récepteurs de la surface cellulaire comme CD4, et un corécepteur CCR5 ou CXCR4. On distingue ainsi 2 types de virus selon qu’ils utilisent CCR5 ou CXCR4. Quand le virus pénètre dans l’organisme, il utilise CCR52. Les virus utilisant CXCR4 n’apparaissent que tardivement au cours de la maladie (environ au bout de 10 ans) et chez seulement environ un tiers des patients. Mais quelques modifications au sein de l’enveloppe des virus utilisant CCR5 sont suffisantes pour leur permettre d’utiliser CXCR4. L’émergence de ces virus conduit alors à la perte progressive des LTCD4+ et à la progression de la maladie. On ne sait cependant pas très bien si c’est uniquement l’émergence des virus utilisant CXCR4 qui est responsable de cette dégradation accélérée ou si elle dépend d’autres facteurs.

Entrée du VIH dans la cellule

Parmi les cellules dans lesquelles se logent les virus latents, on trouve les CSH composées de cellules souches à longue vie (HSC) et  des cellules à durée de vie plus courte. Les chercheurs ont distingué les cellules souches à longues vie (HSC) qui expriment les différents récepteurs du VIH. Leur infection pourrait avoir un impact important sur la production des cellules sanguines et constituer un réservoir à long terme pour le VIH.
Mais on doit préciser le type de virus que l’on trouve dans ces cellules. Ils ont alors montré que seuls les virus qui utilisent CXCR4 peuvent infecter de manière efficace les HSC. Ils ont vérifié que CXCR4 y est mieux exprimé que CCR5. Ces chercheurs ont affiné leur démonstration en utilisant un modèle de souris de laboratoire. Lorsque des CHS sont greffées, seules les HSC se différencient en différents types de cellules sanguines. En greffant des CSH contenant un virus latent, ils ont obtenu ces différentes lignées infectées. C’était donc bien des HSC qui étaient infectées.

Effet du VIH sur une cellule souche hematopeitique à longue vie

Ces chercheurs proposent ainsi l’hypothèse que l’infection de ces cellules affecte l’ensemble de l’hématopoïèse, c'est-à-dire le renouvellement des cellules sanguines. Les HSC latentes constitueraient un réservoir important pour le VIH. Lorsqu’elles se différencient, le « réveil » du virus entrainerait leur mort. Cela conduirait en particulier à la baisse du nombre des LTCD4+ qui ne seraient pas correctement renouvelés.
Ces travaux pourraient ouvrir une nouvelle alternative pour la lutte contre la progression de la maladie chez les patients infectés : en ciblant cette population pour provoquer sa mort, on permettrait de diminuer le réservoir viral qu’on ne peut encore pas toucher.

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HIV-1 utilizes the CXCR4 chemokine receptor to infect multipotent hematopoietic stem and progenitor cells. Carter CC, McNamara LA, Onafuwa-Nuga A, Shackleton M, Riddell J 4th, Bixby D, Savona MR, Morrison SJ, Collins KL. Cell Host Microbe. 2011 Mar 17;9(3):223-34.
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Références :

1 Voir lettre SIDABLOG n° 19.
2 Voir lettre SIDABLOG n° 25.


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