Vulgarisation Scientifique des résultats de la recherche sur le SIDA / VIH

Lettre bimensuelle n°52 (1-15 février 2011)


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Un vaccin qui protégerait de la transmission sexuelle

Le VIH se transmet principalement au niveau des muqueuses sexuelles. Les stratégies vaccinales à ce jour ont voulu stimuler une réponse immunitaire par des anticorps sanguins ou des cellules cytotoxiques mais sans succès. Aujourd’hui, on sait en revanche produire des anticorps protecteurs dans les muqueuses vaginales chez des singes.
On connaissait déjà l’existence de tels anticorps chez l’homme, dans le cas très particulier des individus exposés au VIH mais séronégatifs. Il semble qu’ils possèdent des anticorps dirigés contre la sous-unité gp41 de l’enveloppe virale1 dans leur sang et dans leurs secrétions génitales. Ces anticorps neutralisent le VIH en empêchant la transcytose2 (entrée du virus dans les tissus des muqueuses). Ils ciblent principalement une région particulière de gp41 située à proximité de la membrane cellulaire appelée MPER3.

mécanisme anticorps anti gp41

Sur ce modèle, différentes études ont été réalisées pour produire in vivo des anticorps neutralisants anti-MPER mais sans succès. Ces échecs pourraient s’expliquer par la structure spatiale des antigènes viraux, utilisés pour stimuler la production des anticorps.
Des chercheurs ont repris ce projet. Ils ont cependant utilisé un vaccin constitué de 2 antigènes respectant les structures spatiales des originaux. Ils les ont alors placés à l’intérieur d’une structure spécifique, le virosome, pour les véhiculer.

vaccine protecteur vih singes

Des singes femelles ont ainsi été vaccinés par voie intramusculaire ou par voie intranasale. 6 mois plus tard, les animaux ont été infectés par un virus proche du VIH4 au niveau des muqueuses vaginales. Les chercheurs ont alors observé une protection complète. Cette performance inédite n’est cependant possible que par une double vaccination, intramusculaire et intranasale, alors qu’une simple vaccination intramusculaire ne protège que la moitié des singes.
Plus précisément, la vaccination par voie nasale entraînerait une réponse immunitaire au niveau des muqueuses alors que la vaccination intramusculaire provoquerait une réponse immunitaire à la fois sanguine et vaginale. On suppose que la vaccination intramusculaire permet d’amorcer la réponse par des anticorps5 et que la vaccination intranasale permet de stimuler la réponse mucosale6. De plus, cette vaccination persiste au moins 6 mois. Cependant, seuls les anticorps des muqueuses sont actifs contre le virus, soit en le bloquant directement, soit en inhibant la transcytose.
Ainsi cette étude montre qu’un vaccin qui stimule la production d’anticorps spécifiques de la gp41 du VIH au niveau des muqueuses sexuelles est suffisant pour protéger ces singes. Ces découvertes sont alors prometteuses pour le développement d’un vaccin humain

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Immunization with HIV-1 gp41 Subunit Virosomes Induces Mucosal Antibodies Protecting Nonhuman Primates against Vaginal SHIV Challenges. Bomsel M, Tudor D, Drillet AS, Alfsen A, Ganor Y, Roger MG, Mouz N, Amacker M, Chalifour A, Diomede L, Devillier G, Cong Z, Wei Q, Gao H, Qin C, Yang GB, Zurbriggen R, Lopalco L, Fleury S. Immunity. 2011 Feb 25;34(2):269-80.
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Références :

1 L’enveloppe virale est composée de 2 sous-unités : gp41 (sous-unité transmembranaire) et gp120 (sous-unité de surface).
2 Voir lettre SIDABLOG n°25.
3 MPER : membrane proximal external region.
4 SHIV : un virus hybride entre le VIH et le VIS utilisé à des fins de recherche.
5 IGg.
6 due à des IgG et IgA spécifique de gp41.


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