Vulgarisation Scientifique des résultats de la recherche sur le SIDA / VIH

Lettre bimensuelle n° 49 (16-31 décembre 2010)


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Cellules mammaires et virus du lait maternel

Bon nombre de virus peuvent se transmettre de la mère à l’enfant. Cela peut avoir lieu durant l’accouchement pendant lequel les échanges sanguins sont nombreux, mais également par l’allaitement. En effet, malgré son extrême richesse en anticorps, de nombreux virus sont transmis via le lait maternel. On sait aujourd’hui que les cellules de la glande mammaire infectées, dont le rôle dans la transmission du VIH restait peu connu, pourraient être la source des virus libres présents dans le lait.
Les facteurs de restriction de la famille APOBEC3 jouent un rôle dans l’immunité antivirale et sont efficaces contre le MMTV (Mouse Mammary Tumour Virus) et le VIH. Par exemple, APOBEC3G entre dans les virus au moment de leur formation et les virus libérés qui la contiennent présentent une forme aberrante. Elle va modifier la composition génétique du virus lorsqu’il infectera une nouvelle cellule. Le virus devient alors totalement inactif, incapable de se multiplier. L’arme développée par le VIH pour lutter contre ces mécanismes de défense est une petite protéine appelée VIF (viral infectivity factor). VIF entraîne la dégradation d’APOBEC3G empêchant ainsi son activité antivirale.
Des chercheurs américains ont montré que les facteurs APOBEC3 se retrouvent au sein des cellules épithéliales mammaires (CEMs) chez les souris et les hommes et qu’ils réduisent l’efficacité des rétrovirus MMTV et VIH en s’incorporant dans les particules infectieuses. Le MMTV est très étudié sur les souris. Il infecte les cellules dendritiques de l’estomac où il est transféré dans les lymphocytes qui migrent jusqu’au niveau des glandes mammaires. Il infecte alors les CEMs pendant la puberté et la grossesse. Le lait nourrissant les souriceaux contient des virus infectieux que le système immunitaire ne peut totalement neutraliser1.
Ces chercheurs ont montré in vivo sur des souris infectées par le MMTV que APOBEC3G limite l’infection des tissus lymphoïdes par le MMTV et qu’on retrouve de très faibles niveaux de virus dans les tissus mammaires et dans le lait maternel. Chez l’homme, ils ont retrouvé plusieurs membres de la famille APOBEC3 dans les cellules mammaires. Des expériences de laboratoire ont permis d’observer qu’ils peuvent contrôler la production de VIH dans ces cellules. Toutefois, on n’est pas sûr que ces cellules puissent être in vivo infectées par le virus.
Ainsi l’expression des facteurs APOBEC3 dans les CEMs inhibe la transmission du virus MMTV via le lait maternel des souris et la production du VIH dans les CEMs en culture. Ces résultats suggèrent donc qu’on pourrait se servir de ces facteurs pour contrôler la propagation du virus de la mère à l’enfant au moment de l’allaitement.

virus-produits-cellules-epitheliales-mammaires

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APOBEC3 proteins expressed in mammary epithelial cells are packaged into retroviruses and can restrict transmission of milk-borne virions. Okeoma CM, Huegel AL, Lingappa J, Feldman MD, Ross SR. Cell Host Microbe. 2010 Dec 16;8(6):534-43.
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Références :

1 Les cellules lymphoïdes maternelles fournissent une immunité passive ; en effet une forte réponse humorale neutralisante anti-MMTV entraîne un recouvrement des virions par des anticorps rendant les virus non infectieux, et sont ainsi transmis au nouveau-né.


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