Vulgarisation Scientifique des résultats de la recherche sur le SIDA / VIH

Lettre bimensuelle n° 47 (16-30 novembre 2010)


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Autodestruction et VIH

Le VIH infecte principalement les lymphocytes T CD4+ (LTCD4+) pour se reproduire et entraîne progressivement leur destruction. Une des questions fondamentales que se posent toujours les chercheurs, c’est comment le virus tue les cellules qui lui servent pourtant à se multiplier. Des études montrent pourtant que plus de 95% des LTCD4+ des patients ne sont pas directement infectés. Comment ce virus peut il alors tuer ces cellules ?

destruction des lymphocytes-T par le VIH

Plusieurs théories ont été avancées : une activation de facteurs cellulaires entrainerait une destruction cellulaire ; certains facteurs viraux sécrétés par les cellules infectées pouvaient aussi cibler les cellules environnantes. Des chercheurs se sont penchés sur cette question en utilisant un système cellulaire extrêmement adapté : une culture de cellules lymphoïdes humaines agrégées (HLAC) qui contient en particulier les LTCD4+ permettant de reproduire in vitro les conditions d’infection in vivo. Ces cellules proviennent d’organes lymphoïdes qui contiennent plus de 98% des LTCD4+ de l’organisme. Ils sont ainsi le siège de la reproduction du VIH mais aussi le lieu où la plupart des lymphocytes sont détruits.
Ces chercheurs ont confirmé dans un premier temps que peu de LTCD4+ sont réellement infectés mais que beaucoup sont tués. Le mécanisme prédominant responsable est bien indirect1. Il leur a semblé alors que c’est l’interaction entre l’enveloppe du virus et le corécepteur (CCR5 ou CXCR4) à la surface des cellules, puis la pénétration du virus, qui expliqueraient cela. Cette relation aurait donc un rôle dans l’activation des mécanismes entrainant la mort des LTCD4+.
Qu’est-ce qui arrive donc à ce moment-là. Ces chercheurs ont également montré que c’est le contact physique entre les LTCD4+ infectés et sains qui conduit à cette destruction indirecte. En analysant davantage ces mécanismes, ils ont alors montré que la cause principale serait une infection incomplète par le VIH. Généralement, ce virus produit en effet à l’intérieur de la cellule son ADN qui servira à fabriquer de nouveaux virus. Dans le cas des infections incomplètes, lorsque le virus rentre mais sans se répliquer, les chercheurs observent une synthèse d’ADN viral, elle-même incomplète, ce  qui conduit à une accumulation de molécules imparfaites. Ceci provoque alors l’activation de facteurs pro-apoptotiques2 et la sécrétion de molécules pro-inflammatoires3 entraînant alors la mort de la cellule. Ces molécules pro-inflammatoires attirent alors à elles de nouveaux lymphocytes sains qui constituent de nouvelles cibles pour le virus.
Ainsi, alors même que l’organisme déclenche cette réaction immunitaire dans le seul but de se protéger, il va de lui-même à sa perte.

Mécanisme de destruction des lymphocytes-T par le VIH

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Abortive HIV infection mediates CD4 T cell depletion and inflammation in human lymphoid tissue. Doitsh G, Cavrois M, Lassen KG, Zepeda O, Yang Z, Santiago ML, Hebbeler AM, Greene WC. Cell. 2010 Nov 24;143(5):789-801.
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Références :

1 On parle aussi d’effet Bystander.
2 En particulier l’activation des caspases 1 et 3.
3 En particulier l’interféron b et l’interleukine-1b.

 

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