Vulgarisation Scientifique des résultats de la recherche sur le SIDA / VIH

Lettre bimensuelle n° 43 (16-30 septembre 2010)


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Le contrôle de l’infection par le chimpanzé

Le SIDA a déjà causé 26 millions de morts et 40 millions de personnes sont encore contaminées. Le virus de l’immunodéficience simienne (VIScpz) qui infecte les chimpanzés est proche du VIH. Ce sont des virus lents de la famille des rétrovirus. Le chimpanzé infecté ne développe généralement pas d’immunodépression. Il peut donc être considéré comme résistant : le chimpanzé est infecté mais  la réplication virale est bien contrôlée. Cependant, chez certains animaux sauvages d’une sous-espèce de chimpanzés d’Afrique de l’Est, on a récemment découvert des pathologies immunitaires fortement apparentées aux symptômes du SIDA1
Cependant on ne comprend pas pourquoi ce virus ne cause en général pas de déficience du système immunitaire chez les chimpanzés. Ceci est encore plus étonnant car nous savons que l’homme et les chimpanzés sont les êtres vivants les plus apparentés actuellement. Chez l’homme, seuls quelques patients, ayant contracté le VIH depuis 17 ans au moins, n’ont pas déclaré la maladie du SIDA et sont donc considérés comme résistants. Ce sont les « non-progresseurs » ou « contrôleurs élites2 »
Des études montrent que cette résistance est souvent associée à la présence de variants (les allèles HLA-B*27/B*57) du système HLA3, élément du système immunitaire. En effet, la réponse immunitaire déclenche une réponse cytotoxique contrôlant l’infection virale, via la reconnaissance de peptides viraux que l’on trouve associés  à des molécules présentes sur les cellules-hôtes (molécules HLA chez l’homme). Ces molécules de la famille HLA sont très variées, de sorte que chaque sujet possède sa propre combinaison. Chez les chimpanzés, ces molécules sont appelées « Patr ».

mécanisme de controle d'infection du chimpanzé

Ce qui est intéressant, c’est que les chimpanzés ont des molécules4 qui sont proches des HLA des patients « non-progresseurs ». Elles possèdent des caractéristiques semblables, ce qui pourrait jouer un rôle central dans le contrôle de la maladie et de la charge virale.
Des chercheurs néerlandais ont donc cherché à savoir s’il y avait eu, au sein des chimpanzés, une sélection des molécules « Patr » permettant la résistance au virus et si celles-ci étaient semblables aux molécules HLA-B*27/B*57 humaines. Après avoir identifié et sélectionné les motifs représentatifs de « Patr », ils ont étudié les interactions entre ces molécules et les peptides dérivés de VIH/SIVcpz pouvant déclencher des réponses immunitaires5. Ils les ont alors comparés avec les motifs HLA-B*27/B*57. Ils ont alors identifié 4 molécules « Patr » fréquentes (94%) et ont constaté que, comme les molécules HLA-B*27/B*57, elles lient et fixent des peptides, issus de la protéine Gag du VIH-1/SIVcpz, qui sont très peu variables d’une souche virale à l’autre.
Ils ont montré également que les molécules « Patr » chez le chimpanzé ont subi une pression de sélection qui a certainement permis la survie des animaux au cours d’une lointaine pandémie. De ce fait, les molécules ainsi sélectionnées sont proches des molécules HLA-B*27/B*57 de l’homme. De plus, l’ensemble de molécules « Patr » peuvent reconnaître tout un panel d’épitopes (morceaux de la protéine) de Gag. En effet, les chercheurs ont montré que d’autre molécules « Patr » reconnaissent des épitopes de Gag et peuvent déclencher une réponse immunitaire6.
Ainsi, il semble évident que les réponses immunitaires décrites jouent un rôle dans la résistance des singes et des hommes « non-progresseurs ». Toutefois, d’autres facteurs7, très probablement viraux et de l’hôte, peuvent entrer en jeu dans cette protection.
On ne comprend donc qu’en partie le mode de contrôle de la reproduction virale par les chimpanzés.

Evolution du virus - Mutation et transmission vers l'homme

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AIDS-protective HLA-B*27/B*57 and chimpanzee MHC class I molecules target analogous conserved areas of HIV-1/SIVcpz. Natasja G. de Groota, Corrine M. C. Heijmansa, Yvonne M. Zoetb, Arnoud H. de Rub, Frank A. Verrecka, Peter A. van Veelenb, Jan W. Drijfhoutb, Gaby G. M. Doxiadisa, Edmond J. Remarquea, Ilias I. N. Doxiadisb, Jon J. van Roodb,1, Frits Koningb, and Ronald E. Bontropa. Proc Natl Acad Sci U S A.107(34):15175-80.
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Références :
1 Cependant, chez certains animaux sauvages d’une sous-espèce de chimpanzés d’Afrique de l’Est, on a récemment découvert des pathologies immunitaires fortement apparentées aux symptômes du SIDA (voir lettre SIDABLOG n°22). 
2 Voir lettre sidablog n°11
3 Human Leucocyte Antigen.
4 Le terme HLA est restreint à l’homme. Pour les animaux, on utilise le terme CMH (Complexe Majeur d’Histocompatibilité).
5 Réponse immunitaire à médiation cellulaire.
6 Réaction immunitaire à médiation cellulaire : attaque contre les cellules infectées.
7 Comme par exemple les protéines virales Nef et Vif) et les récepteurs cellulaires à chimiokines.


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