Vulgarisation Scientifique des résultats de la recherche sur le SIDA / VIH

Lettre bimensuelle n° 42 (1-15 septembre 2010)


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Qui traiter : La mère ou l’enfant ?

Quand une femme est atteinte par le VIH, la grossesse, l'accouchement et l'allaitement sont des situations qui comportent des risques de transmission du virus à l'enfant. Les traitements antirétroviraux ont cependant réduit considérablement ce risque. Un test de dépistage du virus du SIDA est systématiquement proposé à toute femme enceinte. Si on sait prévenir l’infection avant et durant l’accouchement, on continue à s’interroger sur les moyens de l’éliminer au cours de l’allaitement.
Lorsqu’une mère est atteinte par le VIH, l'allaitement présente un risque. Souvent les enfants ne peuvent être privés des bienfaits du lait maternel. Ainsi, lorsque l'allaitement artificiel est possible, il est fréquemment déconseillé. Il existe ainsi environ 200 000 enfants en bas âge qui sont chaque année infectés par l’allaitement. Sans aucun suivi, on constate 50% de décès chez ces nouveau-nés avant leur deuxième année. Le traitement des mères par des antirétroviraux pendant la grossesse et jusqu’à l’accouchement réduit considérablement la transmission du virus à l’enfant in utero. Sans ce traitement, 9% des enfants nés non infectés de mères infectées contracteront le virus dans les 18 mois après leur naissance via l’allaitement. D’autres études ont montré également qu’un traitement adapté à l’enfant réduit les risques de transmission par le lait. On sait ainsi que les deux traitements fonctionnent, mais quel est le plus efficace ? Une nouvelle étude réalisée au Malawi (Afrique australe) compare l’efficacité des traitements de la mère et de l’enfant.
Ces chercheurs ont travaillé sur une cohorte d’environ 2300 femmes enceintes et séropositives n’ayant pas une infection accrue ou n’ayant pas déjà reçu d’antirétroviraux lors d’une grossesse précédente. On a commencé les traitements 36 heures après l’accouchement et on les a continués pendant les 28 semaines d’allaitement. On a formé trois groupes aléatoires : le premier, où seules les mères recevaient une trithérapie ; le deuxième, où seuls les nouveau-nés percevaient un traitement pédiatrique adapté, le dernier groupe où ni les mères ni les enfants n’étaient traités. Chaque groupe a été suivi pendant 48 semaines après l’accouchement.

Pourcentage d’infection/ mort des enfants par groupe
Pourcentage d’infection/ mort des enfants par groupe

A deux semaines, chaque nouveau-né avait un risque semblable d’infection (5,4% pour le groupe témoin, 5,5% dans le groupe traitement maternel et 4,4% dans le groupe traitement des nouveau-nés). A 6 semaines, en revanche, une différence significative de risque d’infection s’installe avec 10,9% pour les enfants du groupe contrôle, 8,2% dans le groupe des traitements de la mère contre 6% dans le groupe où les nouveau-nés sont traités.
Entre 2 et 28 semaines, les chercheurs observent donc une différence de risque d’infection et de mort infantile entre les 3 groupes (7% pour le groupe contrôle, 4,1% pour le groupe des mères traitées et 2,6% pour le groupe des enfants traités). Mais ce qui est particulièrement significatif, c’est que la survie des enfants sains à la naissance est plus importante quand les enfants eux-mêmes reçoivent un traitement médical. De plus, l’intérêt du traitement chez le nouveau-né, c’est qu’il nécessite seulement une dose quotidienne bon marché et n’est associé qu’à de faibles effets toxiques. Plus encore, le potentiel pour la résistance est réduit au minimum.
Ces données montrent également que les régimes antirétroviraux administrés aux mères sont efficaces pour diminuer le risque d’infection et de mort chez les enfants sains. Le délai observé de 6 à 12 semaines dans le groupe des mères traitées pourrait refléter le temps nécessaire pour supprimer la charge virale et ainsi empêcher la transmission chez l’enfant. C’est pourquoi, il est nécessaire de démarrer les traitements de manière anténatale.
Doit-on traiter dès lors la mère ou l’enfant ? La réponse doit venir du contexte, même si le traitement de l’enfant semble plus efficace. Il reste à préciser quels seraient les résultats en traitant les deux.

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Maternal or infant antiretroviral drugs to reduce HIV-1 transmission. Chasela CS, Hudgens MG, Jamieson DJ, Kayira D, Hosseinipour MC, Kourtis AP, Martinson F, Tegha G, Knight RJ, Ahmed YI, Kamwendo DD, Hoffman IF, Ellington SR, Kacheche Z, Soko A, Wiener JB, Fiscus SA, Kazembe P, Mofolo IA, Chigwenembe M, Sichali DS, van der Horst CM; BAN Study Group. N Engl J Med. 2010 Jun 17;362(24):2271-81.


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