Vulgarisation Scientifique des résultats de la recherche sur le SIDA / VIH

Lettre bimensuelle n° 42 (1-15 septembre 2010)


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Peut-on croire à une guérison complète ?

Voilà vingt-sept ans que le VIH fut découvert. Treize ans après cette découverte plusieurs classes de drogues antivirales commençaient à arriver sur le marché pour combattre ce virus et le rendre indétectable et réduire considérablement les effets de la maladie. Cependant, ces traitements n’éliminent pas totalement le virus. Les thérapies, bien qu’elles puissent soigner les patients infectés et leur rendre une vie meilleure, sont en revanche inefficaces pour la guérison complète des patients.
On se demande aujourd’hui si l’infection par le VIH pourrait être guérie ou si une rémission à long terme sans prise de traitement est possible ?
Le VIH est faiblement transmissible et ne cause pas d’infection aiguë, mais il persiste au sein de l’organisme. Après l’infection d’une nouvelle cellule, le virus produit des virions qui seront relargués en dehors de la cellule. Après le début du traitement HAART (Highly Active AntiRetroviral Treatment), on observe une destruction de l’ensemble des cellules infectées fabriquant des virions. Mais lorsque le traitement est suspendu, on assiste à une augmentation brutale du nombre de virus, ce qui prouve que la totalité du virus n’est pas éliminée. Il existe donc un réservoir stable de cellules contenant le virus à l’état latent, insensible aux médicaments. Dans ces cellules-réservoirs, le VIH s’est certainement logé dans des zones où l’expression des gènes est inactive. Ces mécanismes sont complexes et il est nécessaire de prolonger les études pour les comprendre dans le but de les combattre.
S’il persiste dans l’organisme en se dissimulant, il y reste également en combattant ses agresseurs. En effet, le VIH s’attaque aussi directement au système immunitaire en détruisant de nombreux lymphocytes T et B. Par ailleurs, ce virus de par ces caractéristiques mute très rapidement pour s’adapter aux réponses immunitaires persistantes, aux drogues dirigées contre lui. L’ensemble de ces mécanismes viraux permet ainsi au VIH d’être très efficace face à un système immunitaire incapable de le contrôler. Mais que faire ? Il semblerait que si le traitement est commencé dans un délai très court après l’infection, la destruction massive des lymphocytes pourrait être évitée. Cela pourrait permettre d’augmenter le nombre de lymphocytes T CD4+ qui combattent le virus chez les patients traités et par la suite un contrôle naturel du virus par l’organisme. Des tests de ce type ont été réalisés chez des macaques infectés par un virus proche (le virus de l’immunodéficience simienne) et montrent la persistance d’une réponse immunitaire capable de contrôler le rebond de charge virale après l’interruption du traitement.
Ainsi des études sur le VIH sont nécessaires, mais celles-ci devront être approfondies. En effet, dans la majorité des cas de réémergences du virus, les variants viraux sont différents entre chaque phase d’arrêt et de reprise de l’HAART. Or l’intensification des traitements ne réduit pas les réservoirs viraux. Le traitement précoce reste donc insuffisant. Une autre solution, pour éradiquer totalement le virus, serait de forcer les virus latents à se « réveiller » par des interventions pharmacologiques. De cette manière, ils deviendraient sensibles aux drogues qu’on leur inflige. Différents types de molécules sont aujourd’hui à l’étude, mais il convient d’avancer avec prudence car elles pourraient aussi avoir des effets délétères sur le génome cellulaire.
Ainsi, on n’a pas encore atteint la rémission totale, mais de nouvelles drogues permettent le maintien d’une réponse immunitaire optimale ou entraînent la diminution du réservoir de virus latents : elles constituent de très bons espoirs. De même, on peut aussi espérer qu’un vaccin capable de provoquer ou d’amplifier les réactions de défense immunitaire spécifiquement dirigées contre le VIH chez les sujets déjà infectés. Il s’agit de réapprendre au système de défense de l'organisme à se battre contre le VIH, comme c’est le cas des contrôleurs élites, chez qui le virus est indétectable même en l’absence de traitements.

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HIV persistence and the prospect of long-term drug-free remissions for HIV-infected individuals. Trono D, Van Lint C, Rouzioux C, Verdin E, Barré-Sinoussi F, Chun TW, Chomont N. Science. 2010 Jul 9;329(5988):174-80.


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