Vulgarisation Scientifique des résultats de la recherche sur le SIDA / VIH

Lettre bimensuelle n°35 (16-31 mars 2010)


Format PDF

Les microbicides : un nouvel espoir ?

Les microbicides sont des composés se présentant sous forme de gels, crèmes, films ou suppositoires pouvant être appliqués dans le vagin ou le rectum comme protection contre les maladies sexuellement transmissibles, notamment le VIH. Ceux qui ont jusqu’alors été testés n’ont révélé aucun effet significatif. Cependant, selon la grande immunologiste Judy Lieberman, la faiblesse de ces microbicides serait certainement due à une mauvaise orientation des recherches.
Les équipes de Mme Lieberman ont travaillé sur une technique alliant des siRNAs (qui fixent les ARNs codant pour les protéines du VIH et entraînent leur destruction) et une classe d’ARN synthétiques appelés aptamères (qui fixent les protéines à la surface des cellules). En effet, les siRNAs sont instables dans le système sanguin ; ainsi, en les attachant aux aptamères, on peut les stabiliser et les diriger sur leurs cibles.
En effet, les aptamères ont une structure tridimensionnelle en forme de croix leur permettant de fixer fortement leur protéine cible. Cela leur confère souvent des affinités plus importantes pour les protéines que celles des anticorps respectifs. On les produit à l’aide d’un mélange de courtes séquences d’ARNs aléatoires, exposées aux protéines cibles pour identifier les meilleures. Ces molécules ainsi détectées ont besoin de quelques modifications chimiques pour être plus stables. Ces petites molécules alimentent de grands espoirs pour les approches thérapeutiques car elles sont plus efficaces et plus facilement synthétisées que les anticorps.
Ainsi la combinaison des aptamères aux siRNAs semble intéressante pour inhiber n’importe quel gène (via le siRNA) dans n’importe quelle cellule (via l’aptamère). L’équipe de J. Rossi (Beckman Research Institute of City of Hope, Duarte, USA) et de R. Akkina (Department of Microbiology, Immunology, and Pathology, Colorado State University, USA)  ont alors utilisé cette technique avec un aptamère dirigé contre une molécule présente sur les cellules infectées par le VIH, gp120, et un siRNA tuant le virus. Ces études étendues à un modèle in vivo de souris ont également montré une diminution de la charge virale. L’équipe de Lieberman a eu l’idée d’utiliser cette technique, non pas de manière curative, mais préventive : cibler les cellules T via un aptamère dirigé contre les récepteurs du VIH, associés à deux types de siRNAs. L’un permet d’inhiber les gènes viraux, l’autre réprime les gènes de la cellule hôte nécessaires au développement du virus. Lorsque le virus arrive sur ces cellules traitées, il est alors bloqué.
Judy Lieberman espère ainsi pouvoir démarrer des essais sur des animaux. Si les résultats sont concluants, un tel microbicide pourrait révolutionner la lutte contre le SIDA. Mais il faut encore que les entreprises de biotechnologies réticentes soutiennent le développement d’un tel produit.

Nouvelle approche de la microbicide contre le virus du Sida

-----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
A apt approach.  Alan Dove. Nature medecine. Vol 16. number3. March 2010-03-23.


Accèdez aux articles de la lettre bimensuelle :

LETTRES SIDABLOG
 
Plan du site ׀ Mentions Légales ׀ Designed by Absysdesign.com ׀ Nos Partenaires ׀ Copyright Sidablog 2009.