Vulgarisation Scientifique des résultats de la recherche sur le SIDA / VIH

Revue d’articles scientifiques n°32 (1-15 Février 2010)


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Profiter d’une faiblesse du VIH ?

Le VIH possède 9 protéines aux fonctions bien caractérisées mais son génome peut produire également de nombreux petits éléments protéiques si l’on perturbe la lecture de son ADN. Deux études récentes viennent de montrer que ces protéines entraîneraient paradoxalement une réponse immunitaire contre le virus.

La machinerie cellulaire reconnait en effet trois éléments consécutifs de l’ARN viral pour les traduire en un seul composant de la protéine. Dans ce génome où les codages se superposent partiellement, un décalage d’un ou de deux éléments constitutifs de l’ARN conduit finalement à une protéine virale totalement différente (voir figure). On connaît différents processus directement impliqués dans le changement du cadre de lecture et conduisant à l’expression de ces protéines « anormales ». De surcroit, le VIH produit en plus de son ARN principal un ARN dit « antisens » qui lui-même conduit à ces protéines.
Deux équipes de chercheurs viennent de montrer que ces protéines sont reconnues par le système immunitaire. Une première équipe dirigée par le Pr Goepfert de l’université d’Alabama s’est intéressée aux cellules cytotoxiques de la réaction immunitaire antivirale déclenchée par le VIH chez des patients sud africains. Cette réponse dirigée contre les cellules infectées est déclenchée par des cellules ayant été au contact avec le virus, notamment les lymphocytes infectés, les cellules dendritiques ou les macrophages ayant phagocyté le VIH. Celles-ci présentent des morceaux du virus aux cellules cytotoxiques qui, ainsi activées, combattent les cellules infectées.
Ils montrent alors que les morceaux de protéines ou épitopes issues de l’ARN antisens (55%) sont très fréquemment les cibles des cellules cytotoxiques. Ces épitopes seraient donc produits dans des cellules infectées,  déclenchant ainsi la réaction immunitaire.
Une seconde équipe dirigée par le Pr Brander de l’institut Ragon de Boston a étudié une cohorte de 765 patients non traités. Ils ont dans un premier temps identifié 64 épitopes du VIH issus d’un décalage du cadre de lecture. Ensuite ils ont testé les réponses contre ces 20 épitopes situés dans les séquences des gènes pol, gag et nef et révèlent une réponse cytotoxique pour 10 de ces épitopes. Ils ont également découvert que les réactions immunitaires contre ces épitopes sont plus faibles que celles déclenchées par les protéines régulatrices du VIH. Elles peuvent malgré tout moduler la reproduction du virus. Par ailleurs, ils démontrent que la pression immunitaire exercée sur ces épitopes peut guider l’évolution du virus au sein d’une population. En effet, certaines mutations peuvent ne pas modifier la séquence d’une protéine fonctionnelle mais modifier la réponse immunitaire.
Ces études montrent que le VIH doit s’adapter à la réponse immunitaire développée contre ces épitopes, ce qui pourrait avoir des implications dans le développement de futurs vaccins.

synthese-differents-epitopes-par-VIH

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CD8 T cell response and evolutionary pressure to HIV-1 cryptic epitopes derived from antisense transcription. Bansal A, Carlson J, Yan J, Akinsiku OT, Schaefer M, Sabbaj S, Bet A, Levy DN, Heath S, Tang J, Kaslow RA, Walker BD, Ndung'u T, Goulder PJ, Heckerman D, Hunter E, Goepfert PA. J Exp Med. 2010 Jan 18;207(1):51-9, S1-3. Epub 2010 Jan 11.

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