Revue d’articles scientifiques n°30 (1-15 Janvier 2010)


Format PDF

Pourquoi le paludisme facilite la transmission du virus
aux nouveaux-nés ?

Le paludisme et le SIDA comptent parmi les épidémies les plus importantes dans le monde. Ils causent la mort de quatre millions de personnes tous les ans. En réalité, ces deux maladies se manifestent souvent aux mêmes endroits, principalement en Afrique subsaharienne. Curieusement, c’est dans ces zones que la transmission du VIH de la mère à l’enfant est plus forte, d’autant plus pendant les périodes de pic de paludisme. On comprend mieux aujourd’hui comment le paludisme « brouille » les mesures associées aux risques de transmission du VIH par la mère.
En l’absence de traitement anti-VIH, la transmission du virus de la mère à l’enfant s’effectue durant les derniers mois de grossesse, mais surtout au moment de l’accouchement ou par l’allaitement. Environ un enfant sur dix est touché, car il existe une résistance naturelle au passage du virus pendant la grossesse.
Néanmoins, la transmission au niveau du placenta dépend de facteurs solubles appelés cytokines intervenants dans l’inflammation, comme le TNFa (pro-inflammatoire) et l’IL-10 (anti-inflammatoire). Plus le taux de TNFa est haut et plus celui d’Il-10 est bas, plus le risque de transmission est élevé. Par ailleurs, le paludisme augmente la sécrétion de facteurs solubles au niveau du placenta comme le TNFα, IL6….
Des chercheurs français et camerounais ont étudié les profils des cytokines placentaires (TNFα, IL-10…) chez les femmes enceintes camerounaises infectées par le VIH ou par l’agent du paludisme. Il apparaît d’abord que le principal agent du paludisme, le plasmodium falciparum, n’est pas plus répandu chez les femmes séropositives mais sa concentration y est supérieure. C’est sans doute parce que les femmes séropositives contrôlent moins bien sa propagation.
Aussi, les différents taux de cytokines n’apparaissent pas très différents chez les femmes porteuses de l’agent du paludisme, qu’elles soient séropositives ou non. On observe toutefois moins de cytokines chez les personnes séropositives. En l’absence de cette infection, les chercheurs ont confirmé qu’il y avait plus de cytokines pro-inflammatoires qu’anti-inflammatoires. Il y a donc une différence nette de profil des cytokines entre les futures mères séropositives et séronégatives non infectées par le plasmodium falciparum. Celui-ci masquerait donc ces différences.
Ainsi les profils cytokiniques semblent fortement modifiés par l’agent du paludisme. Ceci pourrait avoir un effet sur la transmission du VIH à l’enfant chez les mères séropositives. De fait, des études complémentaires pour comprendre la complexité des interactions entre l’agent du paludisme et le VIH sont nécessaires.

-----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
Plasmodium falciparum infection significantly impairs placental cytokine profile in HIV infected Cameroonian women. Kfutwah A, Mary JY, Lemen B, Leke R, Rousset D, Barré-Sinoussi F, Nerrienet EMenu E, Ayouba A; ANRS 1267 study team. PLoS One. 2009 Dec 2;4(12):e8114.

LETTRES SIDABLOG
 
Plan du site ׀ Mentions Légales ׀ Designed by Absysdesign.com ׀ Nos Partenaires ׀ Copyright Sidablog 2009.