Vulgarisation Scientifique des résultats de la recherche sur le SIDA / VIH

Revue d’articles scientifiques n°28 (1-15 Décembre 2009)


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Un effet secondaire du raltégravir ?

Le raltégravir, un médicament célèbre, empêche le virus de s’intégration au cœur des cellules. Il a permis d’améliorer l’efficacité des traitements. Une étude réalisée chez la souris montre cependant qu’il pourrait avoir des effets secondaires contraignants.
De nombreuses drogues sont en cours d’études afin de compléter les multithérapies. En effet, le VIH mute régulièrement et déjoue  sans cesse les drogues qui le combattent. Il est nécessaire de trouver régulièrement de nouvelles armes.
Pour se reproduire, le virus doit s’intégrer au milieu du génome des cellules infectées. Récemment, un inhibiteur de l’intégrase du VIH, le raltégravir a été autorisé par la FDA (Administration Américaine des denrées alimentaires et des médicaments).
Pour bien comprendre les effets d’un tel médicament, il faut prendre conscience que près de 40% de notre génome est issu d’anciens rétrovirus qui se sont peu à peu adaptés à notre organisme. Ces structures appelées rétro-éléments ne causent plus aucune perturbation au sein du génome.
Cependant, une partie de ces rétro-éléments adopte une structure circulaire qui ne leur permet pas de s’intégrer. En effet, de temps à autres, ces éléments sont copiés pour donner des morceaux d’ADN mobiles qui voudraient s’intégrer à d’autres endroits du génome. Ceci n’est possible qu’en vertu d’une intégrase qui fonctionne lorsque la structure du rétro-élément le permet.
Lorsque sa forme n’est pas circulaire, le rétro-élément peut rejoindre le génome. Lorsque la cellule a modifié sa structure pour la rendre circulaire, l’intégrase devient inefficace et le génome est stabilisé. Il est alors dégradé par la cellule. L’accumulation de ces formes inertes conduit cependant à des maladies auto-immunes comme le lupus erythromateux.
Le VIH est un rétrovirus qui lui aussi doit s’intégrer au génome pour pouvoir ensuite se répliquer. Il doit lui aussi utiliser une intégrase qu’il amène dans la cellule. Le raltégravir agit sur cette intégrase pour bloquer la réplication virale. La difficulté, c’est que l’on risque de toucher sans le vouloir à l’intégrase qui sert au fonctionnement normal de l’organisme. 
Prenant comme modèle la souris, une équipe de chercheurs allemands s’est penchée sur l’effet de l’accumulation des rétro-éléments engendrés via le traitement par le raltégravir sur les maladies auto-immunes : le lupus systémique, et l’anémie hémolytique. Ils ont montré que cette drogue joue un rôle dans les maladies liées aux rétro-éléments circulaires qui s’accumulent.
En touchant involontairement d’autres formes d’intégrase, ce médicament chez l’homme pourrait empêcher l’élimination d’éléments inutiles et dangereux. Même si le raltégravir est actuellement une des drogues qui ralentit le mieux le VIH, il pourrait entraîner l’accumulation de nombreux rétro-éléments endogènes que l’organisme éliminerait normalement. Le traitement à long terme des patients par des inhibiteurs d’intégrase pourrait donc entraîner la survenue de maladies auto-immunes.

raltegravir entraine maladies auto-immunes

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Early onset of autoimmune disease by the retroviral integrase inhibitor raltegravir. Beck-Engeser GB, Eilat D, Harrer T, Jäck HM, Wabl M. Proc Natl Acad Sci USA. 2009 Nov 18.


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