Vulgarisation Scientifique des résultats de la recherche sur le SIDA / VIH

Lettre bimensuelle n°12 (1-15 Mars 2009)


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Jusqu’à 50 types d’anticorps neutralisants par malade !

Toute personne infectée par le VIH développe des anticorps. Les plus efficaces, ceux qui bloquent le VIH et l’empêchent de se reproduire, sont dits « neutralisants ». On connaît depuis peu leur nombre, leur cible, et leur champ d’action. On en compte jusqu’à 50 par malade qui s’attaquent à différentes parties du virus pour l’empêcher de pénétrer dans les cellules saines.
Pour concevoir un vaccin contre le VIH il faut en effet savoir si notre organisme est capable de produire une réponse immunitaire efficace. Des chercheurs américains ont récemment fait à ce sujet des découvertes importantes1.
La plupart des personnes infectées produisent en quantités importantes ces anticorps neutralisants, mais parmi ces derniers peu ont été caractérisés. Leurs cibles principales sont les protéines que l’on trouve à la surface du virus (voir figure). Ces protéines de surface doivent se coller sur la cellule saine pour que le virus la pénètre. les anticorps neutralisants empêchent certaines interactions entre virus et cellule et bloquent ainsi l’infection.

entrée du virus dans la cellule et son inhibition par les anticorps neutralisants
Figure  : entrée du virus dans la cellule et son inhibition par les anticorps neutralisants : L’enveloppe du VIH se trouve à la surface du virus. Elle lui permet de pénétrer à l’intérieur dans la cellule cible, en se fixant d’abord sur le récepteur CD4, puis au corécepteur, CCR-5 ou CXCR-4, ce qui conduit à la fusion des membranes virales et cellulaires. Chaque type d’anticorps neutralisant interagit avec un motif particulier de l’enveloppe (site de fixation du CD4, du corécepteur, etc) et bloque ainsi l’entrée du virus dans la cellule.

Des expérimentations réalisées sur le macaque montrent que certains types d’anticorps les protègent de l’infection2. Cela souligne ainsi l’importance de la connaissance des anticorps neutralisants pour concevoir un vaccin contre le VIH. En les connaissant mieux, ce projet pourrait se concrétiser. Sur des personnes infectées, l’administration de ces anticorps permet aussi de retarder la reproduction virale après l’interruption du traitement3.
Les travaux dirigés par le Pr Nussenzweig permettent maintenant de caractériser ces anticorps neutralisants. Les chercheurs ont ainsi pu identifier plus de 500 types de lymphocytes B mémoires anti-VIH, chaque patient pouvant exprimer jusqu’à 50 types d’anticorps neutralisants différents. Lorsque les lymphocytes B sont exposés pour la première fois au VIH, certains se différencient en lymphocytes B mémoires. Ces cellules ont une longue durée de vie et détiennent les informations relatives au virus grâce aux anticorps qu’ils expriment à leur surface.
On a pu vérifier en laboratoire qu’ils étaient actifs et pouvaient s’attaquer à différentes formes du VIH. C’est en effet leur nombre important qui leur permet de s’adapter aux différentes formes du virus : en posséder une cinquantaine, cela devrait permettre au malade d’anticiper l’évolution du virus lui-même. On observe néanmoins un paradoxe. Pourquoi ces anticorps ne sont pas actifs contre le virus qui se modifie chez les personnes infectées ?
Une autre étude publiée récemment4 nous éclaire à ce sujet. Les chercheurs ont étudié les anticorps neutralisants chez des personnes séropositives ayant été surinfectées par un second virus. Ils ont montré que si les anticorps produits après la première infection n’ont pas été efficaces pour prévenir la seconde, ce n’est pas parce qu’ils étaient inactifs. En revanche, si 50 types suffisent il faut qu’ils soient hautement concentrés dans le sang.
C’est pourquoi les stratégies vaccinales développées à ce jour, pour augmenter la production d’anticorps se sont heurtées au problème du seuil à atteindre pour obtenir une réponse suffisante. La communauté scientifique se tourne aujourd’hui vers des stratégies plus rationnelles qui tiennent compte en particulier de ces nouvelles connaissances.

Références :
1 Broad diversity of neutralizing antibodies isolated from memory B cells in HIV-infected individuals. Scheid JF, Mouquet H, Feldhahn N, Seaman MS, Velinzon K, Pietzsch J, Ott RG, Anthony RM, Zebroski H, Hurley A, Phogat A, Chakrabarti B, Li Y, Connors M, Pereyra F, Walker BD, Wardemann H, Ho D, Wyatt RT, Mascola JR, Ravetch JV, Nussenzweig MC. Nature. 2009 Mar 15.
2 Neutralizing antibody directed against the HIV-1 envelope glycoprotein can completely block HIV-1/SIV chimeric virus infections of macaque monkeys. Shibata R, Igarashi T, Haigwood N, Buckler-White A, Ogert R, Ross W, Willey R, Cho MW, Martin MA. Nat Med. 1999 Feb;5(2):204-10.
3 Delay of HIV-1 rebound after cessation of antiretroviral therapy through passive transfer of human neutralizing antibodies. Trkola A, Kuster H, Rusert P, Joos B, Fischer M, Leemann C, Manrique A, Huber M, Rehr M, Oxenius A, Weber R, Stiegler G, Vcelar B, Katinger H, Aceto L, Günthard HF. Nat Med. 2005 Jun;11(6):615-22.
4 Human immunodeficiency virus type 1 superinfection occurs despite relatively robust neutralizing antibody responses. Blish CA, Dogan OC, Derby NR, Nguyen MA, Chohan B, Richardson BA, Overbaugh J. J Virol. 2008 Dec;82(24):12094-103.

 

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